Dans les coulisses de CONQUISTA

Pour inventer une histoire, il faut parfois commencer par chercher la vérité

Écrire un roman historique produit un paradoxe assez fascinant.

Il faut inventer.

Mais pour pouvoir inventer librement, il faut d'abord énormément se documenter.

CONQUISTA se déroule dans un monde vieux de près de cinq siècles.

Et ce monde ne doit pas simplement servir de décor.

Il doit influencer les personnages, leurs décisions et parfois même le déroulement de l'histoire.

Un monde construit dans les détails

Comment voyage-t-on entre l'Aragon et Séville ?

Combien de temps faut-il pour parcourir une distance ?

Que mange-t-on dans une venta ?

À quoi ressemble une traversée de l'Atlantique ?

Que transporte un soldat ?

Comment joue-t-on aux dés ?

Combien vaut un cheval ?

Quels navires traversent l'océan ?

Que sait réellement un Espagnol de l'Amérique avant d'y mettre les pieds ?

Certaines de ces questions ne donneront finalement qu'une seule phrase dans le roman.

Pourtant, cette phrase peut nécessiter plusieurs heures de recherche.

C'est souvent ce que le lecteur ne voit jamais qui rend finalement un monde crédible.

Les objets racontent aussi les personnages

Les objets occupent ainsi une place particulière dans l'univers de CONQUISTA.

Une pièce.

Une arme.

Une croix.

Une carte.

Des dés.

Une besace.

Ou encore cette simple pierre liée à Inès que Francisco conserve avec lui.

Pris séparément, ils semblent parfois insignifiants.

Mais au fil d'un récit, un objet peut devenir le témoin silencieux de plusieurs années d'existence.

Il rappelle un lieu.

Une personne.

Une promesse.

Ou simplement l'homme que l'on était autrefois.

Quand Francisco rencontre l'Histoire

L'autre difficulté consiste à faire évoluer les personnages fictifs au milieu d'événements réels sans déformer artificiellement ces derniers.

Francisco ne doit pas remplacer ceux qui ont fait l'Histoire.

Il doit pouvoir être présent lorsqu'elle se déroule.

Cette distinction influence directement l'écriture.

Lorsque le récit atteint un événement documenté, les chroniques et travaux historiques permettent d'établir une sorte de cadre.

Qui était là ?

Que savons-nous réellement ?

Que savons-nous moins bien ?

Et surtout : où reste-t-il suffisamment d'espace pour la fiction ?

C'est souvent dans ces interstices que Francisco, Manuel, Diego et les autres peuvent prendre vie.

Accepter ce que nous ignorons

La recherche historique ne permet pas toujours d'obtenir une réponse définitive.

Les sources peuvent se contredire.

Certains témoignages ont été écrits longtemps après les événements.

Des détails considérés autrefois comme certains sont aujourd'hui discutés.

Et une grande partie du quotidien des hommes ordinaires n'a tout simplement jamais été consignée.

L'écriture impose alors de distinguer trois choses :

ce qui est attesté, ce qui est historiquement plausible et ce qui appartient pleinement à la fiction.

Cette frontière fait partie intégrante du travail autour de CONQUISTA.

Faire oublier la documentation

Paradoxalement, l'objectif final est que le lecteur ne pense presque jamais à tout ce travail.

Il ne doit pas avoir l'impression de lire un manuel d'histoire.

Il doit sentir la chaleur.

La fatigue.

Le roulis d'un navire.

La poussière d'une route.

La peur lorsqu'un bruit surgit dans l'obscurité.

Et lorsque Francisco regarde un horizon qu'il n'a jamais vu auparavant, nous voulons que le lecteur puisse, pendant quelques secondes, le regarder avec lui.

Car la documentation construit le monde.

Mais ce sont toujours les personnages qui doivent le faire vivre.